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Pierre Lorimy - Co-fondateur de La Rédac Nomade

De solitaire à solidaire : le parcours en réseau du nouveau journalisme indépendant

La Rédac Nomade

Activité : Journalisme
Implantation : France, Angleterre, Belgique
Date de création : 2002
Nombre de membres : 11
Structure : Association loi 1901
Site web : www.redacnomade.com

Tout a commencé en juin 2001 à la terrasse d’un café de la rue Mouffetard à Paris. Laure Deschamps, Yann Barte et Pierre Lorimy, trois journalistes pigistes, animés par la même vision du métier et le désir de faire bouger les choses commencent à réfléchir sur la meilleure manière de fédérer d’autres pigistes qui, comme eux, ont choisi ce métier par amour de la presse et goût de l’indépendance. Entre eux, ils expérimentent aussitôt au quotidien de nouvelles formes de travail en réseau et découvrent à quel point cette collaboration élargit leur champ de compétences, enrichit leur activité et les rend plus forts, moins isolés. Un an plus tard, à la même terrasse, ils signent ensemble les premiers documents qui officialisent leur association : la Rédac Nomade était née ! Aujourd’hui, ce réseau compte 13 membres, des correspondants à Londres et en Belgique et est connu par bon nombre de rédacteurs en chef. Flash-back sur une aventure humaine et professionnelle exaltante, avec Pierre Lorimy dans le rôle de l’interviewer interviewé.

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Pierre Lorimy, pourquoi avoir créé un réseau de pigistes ?

Rompre l’isolement était un des premiers mobiles qui nous animaient car par définition, notre métier se nourrit de contacts et d’échanges. Les pigistes ont à cet égard un handicap face aux journalistes intégrés. Nous avons imaginé qu’il serait possible de recréer virtuellement cette ambiance si particulière et si fructueuse des salles de rédaction.
Ensuite, travailler en réseau nous permet d’être beaucoup plus réactifs. Nous pouvons constituer une équipe qui pourra produire des reportages de fond, clé-en-main, en un temps record. Dans cette configuration, l’un d’entre-nous est chargé de la coordination du projet et devient l’interlocuteur unique du rédacteur en chef qui, là encore, y trouve son compte. C’est ce que nous avons fait pour 01 Informatique sur un dossier spécial consacré aux relations entre Directeurs Informatiques et Directeurs des Achats dans les entreprises. Il y avait de nombreuses interviews et plus de 10 feuillets à écrire en moins d’une semaine : même le plus disponible d’entre-nous n’aurait pu réaliser seul ce travail.
Enfin, nous pouvons accroître notre champ d’expérience et d’investigation. Aujourd’hui des journalistes de différentes régions de France, mais aussi des Belges et deux Français basés à Londres ont intégré le réseau. Cela nous permet de proposer des sujets plus ambitieux sur une base européenne ce qui intéresse particulièrement les titres de la presse professionnelle qui manquent de correspondants à l’étranger. C'est ainsi que nous avons proposé, toujours dans le domaine informatique, un portrait du Directeur Informatique européen sur la base d’interviews réalisées dans plusieurs pays.


La Rédac Nomade au quotidien, comment ça marche ?

Nous ne partageons pas de locaux, mais nous restons en contact permanent, avec notre messagerie instantanée ou via des "conf call" (réunions par téléphone). À certaines heures, l’écran de notre ordinateur devient une véritable salle de rédaction ! Bien sûr, les principaux animateurs du réseau se retrouvent aussi physiquement tous les 15 jours, en général dans un café, pour faire un point général sur les actions en cours. D’autres moyens complètent notre panoplie d’outils internes : comptes-rendus de réunion, lettre d’information mensuelle, outil de veille sur la presse…


Comment développez-vous vos contacts avec les rédactions avec lesquelles vous travaillez ?

Nous sommes très volontaristes et nous voulions tordre le cou au vieux cliché (mais parfois coriace) du pigiste quémandeur de papiers. Ainsi nous sommes-nous tout-de-suite positionnés comme une réelle force de proposition. Concrètement, nous créons en permanence des listes de sujets, des simples articles aux dossiers très complets que nous pouvons réaliser ensemble. C’est devenu la marque de fabrique de la Rédac Nomade. Pas question de garder jalousement nos idées, nous allons même jusqu’à les publier sur notre site Internet.
Ajouté à cela, nous avons mis en place un système de suivi et de relance de nos contacts en fonction de nos relationnels respectifs et des affinités éditoriales que nous avons avec les journaux. Nous nous sommes aperçus que les rédacteurs en chefs étaient en fait très demandeurs de ce genre de contacts pro-actifs. La plupart, en sachant que nous avons quelque chose à leur apporter, nous ouvrent volontiers leurs portes. Chez certains, nous pouvons même passer à l’improviste. Les sujets que nous proposons ne sont pas toujours retenus en l’état, mais ils font avancer la réflexion, permettent de détecter des besoins et surtout ils nous permettent de rester présents dans les esprits, y compris pour intervenir sur d’autres thèmes non prévus.



Vous semblez avoir beaucoup investi sur votre site Internet. Qu’en attendez-vous ?

Être visible sur le net fait partie intégrante de notre démarche. C’est une vitrine, le web nous permet de montrer le travail et le dynamisme de l’équipe, notamment à travers la liste des sujets que nous proposons. Tous les membres du réseau, journaliste ou reporters photos, présentent leur "passeport" personnel. Leurs textes sont publiés au kilomètre avec des liens vers les journaux dans lesquels ils ont été publiés. Chacun peut faire ses propres mises à jours grâce à un outil de publication simple et gratuit - Spip - et nous sommes 4 à nous relayer pour la coordination et la gestion globale du site. C’est devenu un vecteur important de notoriété : plus de 900 visiteurs uniques le consultent chaque semaine.


Votre solidarité étonne, car au départ, vous êtes un peu concurrents, non ?

Il est vrai que dans notre métier, on rencontre plutôt des francs-tireurs solitaires. Nous pensons que ce n’est pas une fatalité. C’est vrai que nous étions concurrents avant de devenir des partenaires, mais chacun garde sa spécialité, ses contacts privilégiés et ses domaines de compétences ; nous nous connaissons suffisamment pour ne pas nous marcher sur les pieds. Mieux, nous avons signé une convention qui définit notre déontologie commerciale face aux 6 scénarii de concurrence qui peuvent se présenter. Enfin, pour se développer, il faut arrêter de se crisper sur cette question. Un exemple : l’un de nos membres qui avait une relation privilégiée avec L ’Usine Nouvelle a accepté de nous présenter au moment où le magazine devait externaliser de gros volumes de rédactionnel. Concrètement, il lui était impossible d’assumer seul ce surcroît d’activité et sans le recours au réseau, des concurrents bien réels seraient alors entrés en jeu, au risque de déstabiliser sa propre activité. In fine, développer pour l’ensemble du groupe nous permet de saisir sans limites toutes les opportunités qui se présentent, de les distribuer ensuite en fonction de nos disponibilités et de lisser ainsi l'activité de chacun de façon constante toute l’année. Au final, l’expérience (et nos feuilles de salaires aussi) montre que l’on s’en sort mieux que les autres.


Qu’entendez-vous par "s’en sortir mieux que les autres" ?

D’abord, nous pouvons tous pratiquer à temps plein le métier que nous avons choisi et en vivre bien, ce qui dans le contexte actuel de la presse tient du luxe. Nombreux sont les pigistes contraints de diversifier leurs sources de revenus parfois avec des activités qui n’ont rien à voir avec leur compétence.
Et puis, cette logique d’entrepreneuriat que nous avons adoptée stimule notre créativité et nous fait aller encore plus loin. Ainsi, 2 d’entre-nous se sont récemment associés pour lancer avec succès une lettre internationale destinée aux professionnels du tourisme ! De pigistes à éditeurs de presse : un parcours qui en dit long sur les bienfaits de la solidarité en réseau !

Les conseils de Pierre Lorimy aux créateurs de réseaux :

Il ne faut pas que des problèmes de concurrence interne soient un frein à la création d’un réseau. Le réseau est en soi une réponse compétitive au marché qui permet de gagner des contrats et d’être plus performants que des concurrents qui ne fonctionnent pas sur ce schéma.
Il suffit d’élaborer une charte de déontologique pour éviter les problèmes. Et si malgré tout un membre déroge à la règle, sa place n’est plus dans le réseau.
Au fond le risque à prendre est minime au regard des bénéfices obtenus.




[L'Annuaire des réseaux]
A consulter : Réseaux de journalistes

Mise en ligne : juillet 2005
 




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