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Les clés pour prendre une bonne décision à plusieurs.
Mise en ligne : Décembre 2014

Les clés pour prendre une bonne décision à plusieurs.




Le consensus partagé pour sortir des non-dits


Au cours de réunions d'équipes ou de conseils, les modalités « d'arrêt de la décision » sont, en dehors de l'appel au vote, rarement indiquées, précise Philippe Urfalino. Pourtant ces modalités méritent d'être clarifiées pour fixer les conditions dans lesquelles sera mis en oeuvre le débat et son terme. Nous allons d'abord rappeler l'intérêt et la limite du vote généralement utilisé pour décider, sans faire appel au processus de discernement. Nous nous attarderons ensuite plus longuement sur le consensus apparent, car il montre l'intérêt du discernement pour prendre certaines décisions.

Le consensus partagé pour sortir des non-dits


Les clés pour prendre une bonne décision à plusieurs.L'appel à un vote, qu' il soit conclut à l'unanimité ou à la majorité, est la contrainte principale fixée dans ce dispositif de décision. Annoncé à l'avance, il indique qu'un terme sera donné au débat pour le trancher. Ce moment est déterminant. Celui qui préside à la décision collective pourrait dire, comme aurait pu le faire le juré 8 : « Avant de passer au vote, y a-t-il des doutes qui seraient à lever ? »

Les clés pour prendre une bonne décision à plusieurs.Le consensus apparent est la plus fréquente des pratiques de décision dans les organisations étudiées par Philippe Urfalino(1). L'absence de règles initialement fixées conduit à la recherche de ce consensus. Dans ce type de situation la décision est généralement adoptée de la manière suivante : à un moment de la discussion, une personne qui fait autorité prend la parole avec une proposition de synthèse censée rassembler les avis des uns et des autres.

Deux scénarios, alors, peuvent survenir :

- soit c'est le silence et la décision s'impose d'elle-même ;
- soir une objection est faite et la proposition de synthèse est rejetée. Et ainsi de suite jusqu'à ce que les participants se mettent d'accord sur une nouvelle proposition. L'absence de protestation tient lieu de décision. Il peut arriver que, faute d'accord, la réunion soit levée et que la décision soit reportée à plus tard.

Retenons de ces deux pratiques observées dans les organisations que le vote met l'accent sur l'approbation : on est « pour » ou « contre » une proposition. C'est un moment où la somme des avis fait office de décision. Le vote tombe comme un couperet. Chacun est obligé de se prononcer, quitte à s'abstenir, ce qui est également une décision. Ceux qui se sont investis plus que d'autres dans les échanges n'ont pas plus de voix que les autres. En levant la main, ou à bulletin secret, chacun approuve et dit : « Je suis d'accord » ou « Je ne suis pas d'accord », avec la décision qui est proposée. Le groupe accepte donc les désaccords. Il les identifie et en mesure la proportion en découvrant le résultat du vote. Une exception demeure lorsque, dans un vote à la majorité, le résultat donne 50-50 et que le nombre de participants est pair(2). Avec le vote, l'ampleur du résultat rend la décision plus ou moins solide. À noter que le vote ne se fait pas sur deux options différentes, obligeant les personnes à choisir, mais sur l'acceptation ou non d'une seule option.

Dans la pratique du discernement, au contraire, il y aura toujours deux options au moins, posées sur la table.

Le consensus apparent favorise le consentement sur la dernière proposition qui se discute. La recherche du consensus invite à la créativité. Le cheminement est aléatoire, le temps plus ou moins long. La décision provient de la non-opposition. L'engagement des personnes dans la discussion ou leur retrait devient déterminant. Cette pratique, explique Philippe Urfalino, a l'avantage de faire passer « une très forte délégation du jugement de certains participants vers les autres. Quand je ne conteste pas, c'est peut-être parce que je suis d'accord mais c'est peut-être aussi parce que je ne sais pas trop ce qu'il est bon de faire. »

Dans ces deux dispositifs de décision collective, analysés par Philippe Urfalino, les personnes ne participent pas de façon égale à la décision. Il faut parfois faire preuve de courage et savoir relativiser les jeux de pouvoir pour prendre la parole. Se pose également la question de l'engagement : jusqu'où s' investir pour convaincre les autres et avec quelles stratégies d'alliances et d'opportunités ? La participation au débat provient également de la légitimité dans la prise de parole, légitimité qui n'est pas la même selon le rôle des personnes dans l'organisation. En regardant ces deux dispositifs fonctionner, certains chercheurs n'hésitent pas à prendre l'image de l'arène où se jouent les controverses(3), voire des luttes.

Cette idée du consensus, qui peut n'être qu'apparent, peut devenir un consensus partagé. Le discernement dans la décision collective y contribue. Il déplace le consensus vers la finalité visée.



(1) - P. Urfalino, Comment s'arrêtent les décisions collectives, La vie des idées.fr, 29-01-2010.
(2) - Nous verrons dans le dispositif en trois temps du discernement que ce cas de figure n'empêche pas la prise de décision..
(3) - Terme emprunté aux chercheurs en psychologie sociale ciré par P. Fixmer, Brassac, « La décision collective comme processus de construction de sens », in C. Bonardi, J. Grégori, Y. Menard, N. Roussiau, Psychologie appliquée, Emploi, Travail, ressources humaines, Paris, l n Press, pp. 11 -1 18, 2004.


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