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Bonnes Feuilles « L’Art de diriger »
de Robert Papin




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De l’Ethique dans les affaires

"Ce thème est aujourd'hui trop galvaudé" affirmeront certains lecteurs. Certes oui, car un certain nombre de personnes qui parlent d'éthique se sont bizarrement comportées au début de leur carrière. En s'attribuant aujourd'hui le monopole de la moralité ne souhaitent-elles pas faire oublier un passé sulfureux ?...

Mais un dirigeant d'entreprise se doit d'abord de réussir en assurant le développement de son affaire. A ce titre, accepteriez-vous, par exemple, de verser un "dessous de table" à un chef d'état étranger pour obtenir un marché si ce marché conditionnait la survie de l’entreprise et si tous vos concurrents utilisaient le même procédé ? Voici une question embarrassante et les personnes qui, sans hésiter, vous répondraient "Jamais je n'accepterais de verser un dessous de table" sont probablement des personnes qui n'ont jamais dirigé une entreprise.

Signalons qu’il existe au moins une société d’origine française d’envergure internationale qui, voici maintenant plusieurs décennies, s’est fixée comme règle de ne jamais donner de bakchich… et pourtant elle évolue dans le milieu du forage pétrolier. Sa décision lui a fait perdre des marchés mais il est probable que depuis des décennies elle se félicite de l’avoir prise.
Et maintenant, une série de questions sur l'information.
- Pensez-vous qu'il soit nécessaire, pour un chef d'entreprise, de se tenir informé des projets de ses concurrents ?
- Doit-il profiter des salons ou des colloques pour "interviewer" leurs cadres ?
- Pensez-vous qu'un chef d'entreprise puisse débaucher le chef de fabrication d'un concurrent afin de se procurer un procédé de fabrication qui lui permettra de gagner des années de recherche- développement ?

"Holà", direz-vous, les chefs d'entreprise ne mettent pas en oeuvre des procédés dignes de l’ex KGB". Mais, au fait, saviez-vous que dans le seul domaine des circuit électroniques VLSI les japonais ont acquis 40% à 70% du savoir faire par un "recueil" d'informations scientifiques aux Etats-Unis? Saviez-vous que le KGB employait plus de 500.000 agents, que 70% des informations recueillies étaient de nature scientifique et technique, que dans notre seul pays plus de 250 entreprises faisaient l'objet de la sollicitude de cet organisme ?
Saviez-vous, enfin, que beaucoup de grandes entreprises françaises ont mis en place des "veilleurs" chargés de recueillir, analyser et synthétiser des informations dont la plupart concernent leurs concurrents et dont le recueil met en oeuvre des procédés parfois peu éloignés de ceux qui sont utilisés par les agents secrets ?

Inutile de crier au scandale. La plupart des informations utiles aux entreprises sont accessibles par des moyens légaux et notamment sut des sites Internet et dans les publications qui sont légions. Protégeons-nous cependant contre les voleurs d’informations, sanctionnons durement ceux que nous pourrons capturer et sachons d’abord quels sont les renseignements qu’il convient de protéger de la convoitise des concurrents et protégeons les. Pas facile lorsqu’on pratique un management participatif qui signifie par définition un partage des informations avec les collaborateurs !
Mais la notion d'éthique ne va-t-elle pas bien au-delà du bakchich ou du pillage d'informations?

Ne devrait-elle pas être définie comme le souci :
- de respecter les individus en évitant notamment de les considérer comme de simples outils destinés à satisfaire nos ambitions ?
- d'aider ces individus à se respecter eux-mêmes pour qu'ils puissent préserver leur liberté de pensée ?
Une telle conception (peut-être désuète) de la moralité dans les affaires devrait nous conduire à bannir la manipulation, à nous interdire de confier à nos subordonnés des tâches que nous refusons d'accomplir nous-mêmes pour ne pas nous salir les mains et, enfin, à nous fixer comme règle de toujours respecter nos engagements.
"Mais, direz-vous, nous côtoyons chaque jour des individus peu scrupuleux qui pourtant ont brillamment réussi. L'éthique a-t-elle vraiment sa place dans la formation de tous ceux qui exercent ou souhaitent exercer des responsabilités ?".

Certes oui car dans le monde au sein duquel nous évoluons la plupart des dirigeants peu scrupuleux connaîtront tôt ou tard la solitude puis l'échec ? Ces patrons peu scrupuleux sont généralement entourés de jeunes loups chargés de réaliser les mauvais coups. Si la chance leur sourit alors ils voudront tôt ou tard se donner "une virginité" en se débarrassant de ces "complices" pour les remplacer par de jeunes cadres dynamiques au passé immaculé. Réussiront-ils à concrétiser ce projet ? On peut en douter car les personnes nouvellement embauchées tiendront tôt ou tard le raisonnement suivant " Pourquoi ne se comporterait-il pas avec nous comme il s'est comporté avec ceux qui lui ont permis de s'enrichir ?". Or un homme seul peut aisément perdre en un instant le fruit de tous ses bons coups. Et s’il n’y réussit pas, gageons que ses héritiers s’en chargeront.

L’émergence d’un marché mondial, favorise l’émergence de nouveaux riches. Gageons cependant que la concurrence acharnée devrait curieusement se charger de remettre dans le droit chemin beaucoup d'individus manquant de moralité.

La générosité devient en effet un facteur clé de réussite mais vous trouverez toujours hélas dans votre propre entourage des "frénétiques de la réussite" qui voudront écraser les pieds d'autrui pour satisfaire rapidement leurs projets.

[ Pour en savoir plus ]
Consultez « L’Art de diriger », Tome 1 (Management – Stratégie), 3ème Edition Dunod, 2006, chapitre 7(« L'éthique dans les affaires »), page 209 et suivantes.

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