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Bonnes Feuilles « L’Art de diriger »
de Robert Papin




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Votre réseau d’information le plus important :
vos collaborateurs de plus de 50 ans

Un grand patron me disait récemment : « Pour résister à la concurrence, et à la pression de mes actionnaires, je suis obligé de préserver mes marges bénéficiaires. Pour préserver ces marges, je suis condamné à délocaliser vers l’étranger les productions de masse qui consomment beaucoup de main d’œuvre non qualifiée. Malheureusement, cela ne suffira pas et je serai tôt ou tard obligé d’envisager la délocalisation de nos activités de recherche et le transfert de notre siège social vers un pays européen dont les législations sociales et fiscales sont moins pénalisantes que celles de notre propre pays ».
Et mon interlocuteur d’ajouter :
« Ces transferts m’obligeront à licencier beaucoup de cadres âgés de plus de 50 ans, aux salaires élevés pour les remplacer par jeunes collaborateurs qui me coûteront beaucoup moins cher ».
A ma question :
« Que deviendront les personnes licenciées ? »
Il me répondit
« Elles partiront avec un gros chèque ».
Mon interlocuteur étant un ami, je lui rétorquais :
« Pensez-vous qu’on puisse avec un chèque remercier du jour au lendemain un collaborateur qui vous a donné le meilleur de lui-même pendant des décennies ? ».
Il me répondit :
« C’est leur problème, je suis moi-même installé sur un siège éjectable ».
Cette réponse me remit en mémoire le dicton de Detoeuf :

« Traitez les hommes comme des machines,
ils rendront le nécessaire,
traitez-les comme des hommes
et vous obtiendrez peut-être le superflu
».


Les grandes sociétés mais aussi les PME sont-elles condamnées à se « débarrasser » des hommes et des femmes de plus de 50 ans ou 55 ans ?
Si tel devait être le cas, ne serait-il pas de la responsabilité des chefs d’entreprise de gérer la deuxième vie professionnelle de leurs collaborateurs en faisant en sorte qu’elle soit aussi passionnante que la précédente ? En assumant cette responsabilité, ne renforceraient-ils pas la capacité de leur société à résister aux concurrents tout en contribuant efficacement au développement économique de leur pays ?
Mais, avant de réfléchir à leur responsabilité sociale, les dirigeants ne devraient-ils pas réfléchir à leur responsabilité économique ?
Les hommes et les femmes de plus de 50 ans constituent le plus souvent un réseau d’information largement sous utilisé et beaucoup de patrons cherchent à grand frais des renseignements à l’extérieur de l’entreprise alors qu’ils sont dans la tête de leurs collaborateurs.

Les obstacles au changement sont en nous-mêmes, ils sont notamment dans notre conviction qu’un problème n’a qu’une solution et que si cette solution a donné satisfaction dans un contexte donné, elle donnera de bons résultats dans un autre contexte. Si un gros chèque a donné satisfaction au premier collaborateur que nous avons licencié, pourquoi ce procédé ne donnerait-il pas satisfaction aux autres personnes que nous licencierons ? Nous avons trouvé LA solution qui présentera d’ailleurs le mérite d’évacuer le petit sentiment de culpabilité qui nous encombrait l’esprit.

Mettez-vous maintenant à la place des « victimes » ? Si on vous proposait un gros chèque, le refuseriez-vous ? Refuseriez-vous de remercier le patron sous peine d’amener ce dernier à conserver ce qu’il s’apprêtait à vous donner. Mais lorsque vous tiendrez le chèque, ne serez-vous pas tenté de dire à votre interlocuteur ce que vous pensez de ses procédés ? Cela vous soulagerait mais cela changerait-il votre situation ? Vous répondrez probablement par la négative et pourtant il existe toujours une solution à des problèmes considérés comme insolubles.

Reprenons les arguments évoqués pour justifier le licenciement de collaborateurs âgés de plus de 50 ans.
Leur âge et leur salaire justifient-ils leur départ ? Allons donc ! J’ai la chance de former des dirigeants en utilisant comme maîtres de conférences des professionnels de l’entreprise et notamment des cadres de PME et de grandes sociétés. Les personnes âgées de plus de 50 ans sont majoritaires dans mon corps professoral et ces personnes là sont intellectuellement plus jeunes que la plupart de mes élèves. Et pourtant ces élèves possèdent un diplôme de grande école et leur sélection accorde une grande importance à leur agilité intellectuelle.

Ces « enseignants » de plus de 50 ans m’ont permis de former des milliers de jeunes patrons dont beaucoup sont maintenant aux postes de commande de grandes sociétés. Ils m’ont également permis de constater que tous les hommes et les femmes de plus de 50 ans détenaient un véritable trésor sous-utilisé : des informations sur les aspirations des clients, les facteurs clés de succès dans le secteur d’activité, les atouts et faiblesses de l’entreprise, les atouts et faiblesses des concurrents, les dangers et les opportunités.
Pour obtenir ces informations, des milliers de dirigeants font appel à des consultants alors que les collaborateurs qu’ils vont licencier auraient volontiers accepté de les fournir. Il aurait suffit de les écouter.
« Impossible », direz-vous.
Essayez et vous verrez.
Et vous ne voulez pas essayer, un jour vous recevrez le chèque et, ce jour là, vous regretterez peut-être d’avoir licencié ceux qui auraient pu devenir vos propres conseillers. N’est-ce pas cela qu’on appelle pompeusement le knowledge management ?

[ Pour en savoir plus ]
Consultez « L’Art de diriger », Tome 1 (Management – Stratégie), 3ème Edition Dunod, 2006, 1ère partie (« Mobilisez vos collaborateurs »).

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